Être médusé

Etymologie

L’expression « être médusé » signifie être stupéfait, c’est-à-dire être pétrifié d’étonnement. Cette expression peut sembler curieuse à première vue : on ne voit pas bien le rapport avec la méduse, ce petit animal marin urticant. Et bien c’est qu’il n’y en a pas! Elle fait en fait référence au mythe grec de la Gorgone Méduse.

Je te raconte l’histoire…

La Gorgone Méduse

Méduse est une Gorgone, une divinité primordiale qui a le pouvoir de pétrifier les mortels en un seul regard. Son autre caractéristique est qu’elle avait pour cheveux des serpents. Aucun culte ne lui était dédié mais son visage pouvait être représenté sur les frontons des temples, les boucliers (celui du héros grec de la guerre de Troie, Achille) ou les armures (celle de la déesse de la sagesse Athéna). Il servait à protéger du mauvais oeil celui qui le portait. Ce masque se nommait le Gorgonéion. Son visage est représenté dans l’Antiquité sous des traits effrayants et monstrueux. C’est surtout à partir de la Renaissance que l’apparence de Méduse fait l’objet de réinterprétations l’humanisant et la féminisant, lui donnant le rôle de la femme fatale.

Au départ Méduse était une belle jeune fille. Deux versions du mythe sont connues. La première raconte qu’elle était tellement belle que le dieu Poséidon, le maître des océans, s’en éprit. Méduse se fit ainsi violer dans un temple, en l’occurrence appartenant à la déesse Athéna (grande rivale de Poséidon). Outragée par cet acte impie (la violation de son sanctuaire et non le viol de l’innocente jeune fille), la déesse décida de punir… Méduse! C’est la double peine pour Méduse qui est alors transformée en terrifiante et hideuse Gorgone, punie pour avoir été victime d’un viol. L’autre version du mythe explique que Méduse était tellement fière de sa beauté et de sa sublime chevelure qu’elle aurait osé rivaliser avec Athéna elle-même ou que la déesse aurait tout simplement été jalouse de sa beauté. Pour la punir, la déesse aurait transformé ses cheveux et son regard. Moralité : sois pas trop belle et si tu peux pas faire autrement, sois belle et tais toi!

Méduse et Persée

C’est le héros Persée qui relève le défi de tuer la Gorgone Méduse (pour sauver sa mère, Danaé, d’un mariage forcé). Avec l’aide de sa protectrice, Athéna, le héros parvient jusqu’à la demeure de Méduse. Grâce aux reflets de son bouclier, il ne la regarde pas directement. Athéna guide sa main et il réussit à décapiter la Gorgone. Du sang de sa tête tranchée jaillit Pégase, le cheval ailé. Athéna récupérera la tête de Méduse, qui devient le Gorgonéion, pour orner son égide (son bouclier).

Athéna Parthénos, IIe-IIe s., Musée du Louvre

Réinterprétation du mythe

Le personnage de Méduse a effrayé autant que fasciné de l’Antiquité à nos jours. Son mythe et son image ont été diffusés et réinterprétés dans les arts, la mode et même la politique. Cette femme, considérée comme belle et dangereuse, est une source d’inspiration infini et parfois un modèle, notamment pour les féministes.

Gianni Versace, par exemple, en fit sa muse et l’égérie de sa marque dont le logo n’est autre que la tête de Méduse elle-même. C’est son aspect de femme fatale qui l’a inspiré.

Plus récemment, une statue contemporaine de Méduse, créée par l’artiste argentin Luciano Garbati, fit polémique à Manhattan. Elle a été installée devant la cour pénale de New York, où fut jugé Harvey Weinstein. Le sculpteur a ici revisité le mythe puisque c’est Méduse qui tient dans sa main la tête décapitée de Persée, symbolisant la lutte contre les violences sexuelles. Lors de sa candidature au programme new-yorkais «Art in the Parks», Luciano Garbati a déclaré que «pendant des millénaires, on disait aux femmes que si elles étaient violées, c’était de leur faute». Son oeuvre se veut ainsi être une icône de la justice. La sculpture a suscité beaucoup de réactions, notamment négatives, même du côté des féministes. Certaines personnes ont ainsi regretté que la tête coupée ne soit pas celle de Poséidon, le violeur de Méduse ou que la Gorgone soit représentée par une femme à la plastique parfaite alors que le mythe la dépeint monstrueuse.

Gauche : Sculpture de Méduse, réalisée par Luciano Garbati
Droite : Sculpture , réalisée par Benvenuto Cellini (qui inspira Garbati)

Bref, nous n’avons pas fini d’être médusés par ce personnage ambivalent, à la fois effrayant et séduisant, symbole de l’injustice faite aux femmes et de leur désir de revanche. #mytho #metoo

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