La petite histoire du poil chez les Grecs (1)

Aujourd’hui on s’intéresse aux poils. « T’es épilée, pas épilée ?  » (#Dikkenek) La question n’ a jamais autant suscité de débats qu’aujourd’hui. Si l’épilation est chose courante, en particulier pour les femmes, le naturel, et donc le poil, revient en force ces dernières années. Chez les hommes, il est stylé : t’as la flemme de te raser la barbe ? T’es hipster. Chez les femmes, il est controversé : du poil sur le corps d’une femme ? Au mieux t’es roots, sinon négligée, ou pire féministe! Plus qu’une mode, le poil est un symbole, celui de l’appartenance à un groupe ou d’un engagement pour ou contre une idée, une morale, une politique… Et tu sais quoi ? C’est pas nouveau. Arborer un corps avec ou sans poils a toujours eu une signification.

Je te raconte l’histoire…

LA SYMBOLIQUE DU POIL

La question de l’épilation n’est pas qu’une affaire de mode, c’est aussi hautement symbolique à toutes les époques. Pour les Égyptiens, le poil était impur. Hommes et femmes s’épilaient donc intégralement. Pour les Grecs, il était le symbole de la virilité, donc du courage. Les femmes devaient s’en débarrasser alors que les hommes arboraient la barbe fièrement. Celle-ci évoquait également le statut social de celui qui la portait : les hommes libres étaient barbus, les esclaves se rasaient. Un citoyen grec en âge d’avoir une barbe ne pouvait donc se la raser sous peine de passer pour un lâche (sur le champ de bataille notamment) ou pour un homme de rang inférieur. Seul Alexandre Le Grand se permettra le rasage de près, lançant la mode durablement. Petite folie impériale. 

L’EPILATION, UNE AFFAIRE DE FEMME ?

On sait que l’épilation était pratiquée dès la Préhistoire car des pinces à épiler ont été retrouvées dans des sépultures. Mais c’est dans la Grèce antique, vers 500 avant J.-C., que l’épilation se démocratise : tout le monde semble désormais s’épiler, quels que soient ses moyens ou son statut social. 

Les Grecs peuvent se rendre chez le barbier, dans son échoppe, ou se faire épiler à domicile. Les femmes s’épilaient les aisselles, les jambes et le pubis. On n’a rien inventé! Les hommes grecs en revanche n’étaient pas très adeptes de l’épilation en général, contrairement aux Romains qui pouvaient s’épiler intégralement. On sait qu’ils portaient la barbe (hipsters avant l’heure), pourtant si vous regardez bien les statues grecques masculines dans les musées, vous remarquez qu’ils sont tous imberbes. Pourquoi ce paradoxe ? Tout simplement parce que l’art grec n’a pas vocation à montrer la réalité des corps mais un idéal de beauté sublimé. Dans la vraie vie, le poil est synonyme de courage et de sagesse, mais c’est le corps glabre qui suscite l’admiration et l’érotisme. Les hommes sont donc tous représentés dans la statuaire jeunes, athlétiques et imberbes, beaux comme des dieux grecs. On va pas se mentir, la réalité devait faire un peu moins rêver…

Discobole, IIeapr. J.-C., British Museum

TECHNIQUES D’EPILATION

Outre l’utilisation de la pince à épiler, facile mais pas franchement rapide, d’autres techniques sont utilisées par les Grecs pour s’arracher le poil. Attention, âmes sensibles, passez votre chemin… Bien sûr, il y avait le rasoir, classique et indémodable. Ils pouvaient aussi utiliser l’ancêtre de la crème épilatoire, un produit fabriqué à base de farine de fève ou de poix. On trouve aussi des recettes avec de la chaux et du sulfure d’arsenic. Bon là c’est sûr ça tue le poil … et ta peau au passage ! On brûlait également les poils à la lampe à huile (donc à la flamme), ce qui devait demander une grande dextérité et générer pas mal d’accidents ! Le proverbe « il faut souffrir pour être belle » n’a jamais été aussi vrai.

On est d’accord pour dire que finalement nos séances d’épilation ne sont pas si terribles…

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